MIGUEL HERNÁNDEZ, UN TÉMOIGNAGE DÉRANGEANT

Le 28 mars 1942, la veille du Dimanche des Rameaux, décédait Miguel Hernández dans l’enceinte pénitentiaire de la Maison de Redressement pour adultes d’Alicante. La semaine dernière, cela faisait donc soixante-quinze de la terrible disparition de l’un des poètes les plus notoires espagnols du XXème siècle.
Avec son âme de berger et de travailleur se prolongeant dans sa plume, il transforma les vers en balles et ses poèmes en obus quand il fallut défendre la république face au soulèvement des généraux putschistes. Sa voix et sa parole se firent sentir dans les tranchées et l’ouragan du peuple qui éventait son sang communiste et marxiste souffla sans clémence sur les injustices et loua, transportée, les exploits de ceux qui défendirent le peuple des chaînes qui cernaient leur avenir.
Mais, en plus, comme Miguel Hernández -comme le prouve une lettre d’adieu adressée d’adieu datée à Puertollano, adressée à son ami José María de Cossío- était taurin : taurin qui l’affirmait. Il dit ainsi : « Vous embrasse tendrement votre grand ami et taurin. Miguel ». Ainsi il fait ses adieux à Cossío, avec il travailla ardemment dans la réalisation de l’encyclopédie Los Toros, publiée par Espasa Calpe. En tant qu’homme de la campagne, ayant grandi au cœur des champs et des moissons, Miguel Hernández aimait la tauromachie et admirait les hommes vêtus de lumières, dont il fait même des personnages pour sa pièce « El torero mas valiente ». Il ressentait aussi ce respect étrange, cette fascination, que le toro de combat provoque chez ceux qui connaissent et savent de leur force, de leur puissance, de leur brave noblesse. A tel point qu’il n’hésita pas à en faire une métaphore du peuple soulevé contre la violence et l’injustice, dans ce poème que l’on retrouve dans « El Hombre acecha » et qui a pour titre « J’appelle le toro d’Espagne », dont les vers pourraient servir tels quels la défense du toro et de son combat ; de ce toro qui, d’après ses mots, est « en Espagne, plus toro, toro que nulle part ailleurs », ce toro dont il parle en demandant : « On ne va pas te castrer : tu ne permettras pas que parvienne/ jusqu’à tes attributs de mâle abondants/ cette main féline qui prétend te les arracher… »
Taurin et communiste, paysan et soldat, engagé dans la cause du peuple et aimant la corrida, tout cela était Miguel sans qu’il n’y ait dans sa personne la moindre trace de contradiction ; de cet esprit contradictoire que veulent aujourd’hui créer les petits bourgeois universitaires qui consentent à castrer des chiens et des petits chats, tout en sentant modernes en interdisant qu’on leur coupe la queue, de ceux qui censuraient « la caste » jusqu’au jour où ils ont senti sous leurs fesses le moelleux des sièges parlementaires. Aussi bien à eux qu’au reste des anti-taurins, faisons-leur face et présentons-leur nos raisons, nos arguments. Ne reculons pas, sinon ce n’est comme pour le toro « pour remuer de sang et de furie la terre ». Et clamons, à partir de ces vers d’un témoignage dérangeant que Miguel Hernández leur est destiné et qu’ils l’écoutent : « Réveille-toi toro : brandit, déchaîne, vibre/ Lève-toi toro : trône, toro, élance-toi/ Tourbillonne, toro : retourne-toi. Sauve-toi, dense toro de l’émotion et de l’Espagne. Sauve-toi. »

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