SAN FERMIN C’EST FINI

La fête du «chupinazo », des encierros et du bruit s’est achevée une année encore. Les arènes de Pampelune ont montré cette fois-ci un esprit plus que généreux, magnanime. Des vingt-trois matadors de toros engagés, treize ont coupé une oreille ; plusieurs d’entre elles aussi légères que des plumes au vent, contrastant avec la récompense accordée à Antonio Ferrera pour sa faena au toro castaño « Galiano », dont la présidence n’a pas su estimer à sa juste valeur la toreria et la profondeur et que le public força à faire un tour de piste triomphal.

La logique disparité des critères montrée par les différents conseillers municipaux qui se suivent à la présidence eut une certaine cohérence pour récompenser les mises à mort réussies. De nombreuses oreilles se justifièrent par la réussite à l’épée et il y en eut certaines -trois en particulier qui permirent la sortie a hombros- dont la raison de l’attribution fut son effet fulminant.

Il y a par contre unanimité concernant le gagnant du Trophée Carriquiri au toro le plus brave et complet de la feria… De façon méritée, la récompense a été pour « Forajido », troisième de la corrida de Victoriano del Rio, un élevage qui a pu concourir avec celui de Jandilla en ce qui concerne la meilleure corrida du cycle.

Le torero triomphateur de ce San Fermin a été Ginés Marín, seul torero à être capable de couper deux oreilles à un toro ; même si le deuxième pavillon peut être qualifié de généreux. Ginés Marín a montré lors de ses deux comparutions à Pampelune -la seconde en remplacement de Roca Rey- les côtés pile et face de sa personnalité taurine. Du côté positif, cette classe de bon torero qu’il détient et qui porte sur les gradins quand il interprète le toreo qu’il a en lui. Du côté négatif, se laisser aller par la facilité, qui restreint la profondeur et la chaleur de ce qu’il entreprend, enchaînant parfois les passes avec une certaine vulgarité. Ginés Marín ne doit pas se laisser berner par les prix car tous ceux qui l’avons suivi depuis ses débuts en piquée, l’ayant vu triompher devant les novillos et les toros avec son toreo brûlant, attendons bien plus de lui.

Celui qui ne lève pas le pied, même s’il devrait signer un armistice avec Dame Fortune, c’est Roca Rey. Méprisant les blessures, les toros qui lui sortent, les exigences, il se donne en entier à chaque paseo. Quand le toro le lui permet, c’est une explosion à la cape ou à la muleta et sinon il lui monte dessus et effraie tout le monde. Cette fois-ci, la malchance a voulu que l’épée se brise en trois morceaux à la mise à mort ce qui a provoqué qu’il soit à la merci du toro « jabonero » qui l’a encorné, l’empêchant d’affronter la corrida de Cuvillo où il était annoncé. Il a échangé une sortie par la grande porte par celle de l’infirmerie mais il approche sans renoncement vers ce poste au sommet qu’il cherche à atteindre.

Un autre nom qui commence à circuler est celui du novillero Jesús Enrique Colombo qui après ses succès à Madrid a prouvé qu’il était le novillero au parcours le plus solide dans cet escalafon.

Pour le reste, et pour ne parler que du positif, remémorer l’effort épique de Rafaelillo, les naturelles de Pepe Moral, la caste de Román, l’importante oreille récoltée par José Garrido, d’autres méritées de Castella, Ureña et Cayetano et, à partir de là, on descend.

Ce qui paraît certain, c’est du moins la déontologie de la Casa de la Misericordia, c’est que les triomphateurs reviendront l’année prochaine ce qui nous assure au moins quatorze comparutions. Pourvu qu’elles se justifient.

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