…ET FERRERA

Valence, septième corrida de Fallas. Quand Bergamín emprunta les mots de San Juan de la Cruz pour révéler « la musique silencieuse » sous-jacente au toreo il pensait à la cape saisissante d’émotion qui faisait vibrer le capote de Rafael de Paula. Le 19 mars à Valence j’ai aussi ressenti cette musique du silence dans la muleta majestueuse, sereine, possédée par le « sentimiento » d’un torero magistral : Antonio Ferrera. Son toreo était si lent, si doux, en telle symbiose qu’il pleurait comme le violoncelle de Casal. Sa mélodie subtile propageait des olé bercés des arènes en transe, possédées par la magie du toreo. À cet instant, toréer est devenu un art sacré, la cérémonie la plus intime dans l’espace le plus grand. C’est là que toréa Ferrera, mais aussi nous tous réunis par cette communion d’une tauromachie transformée en poésie.

La faena de Ferrera fut le pendant esthétique de la tauromachie saisissante et de qualité que l’on a vue tout au long de cette feria. Je me suis souvenu de cette faena d’après fête d’un autre poète, Antonio Machado, qui fit des louanges de toutes les villes d’Andalousie et, au final, sans la qualifier, dit… et Séville. Moi je dis à Valence… et Ferrera.

Les deux autres toreros, très jeunes, porteurs d’espoir, ont été très bien. Malchanceux Ginés Marín avec son lot de toros et à l’épée, et Jesús Colombo avec brio et engagement. On a donné une oreille méritée à ce dernier. Mais devant l’art majeur de Ferrera, qui versifia son toreo, les deux nouveaux ne firent que de la prose.

La corrida de Victorino ne m’a pas plue, à l’exception du 4ème, brave à la pique, manquant de zèle à  la muleta même si Ferrerra lui conféra un prestige qu’il ne méritait pas. Le président concéda à ce taureau un tour piste absurde, probablement parce que les gradins réclamèrent l’ « indulto » juste au moment où l’animal demandait la mort. Ensuite le taureau ne l’aida pas et Ferrera perdit les deux oreilles.

Finalement, je dois dire que je me suis réconcilié avec le public de Valence. Il a été conquis aussi bien par Roca Rey que par Ponce et Ferrera. Comme disait Rafael Ortega « Gallito », le bon aficionado est celui qui sait apprécier le plus de toreros.

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