UN MEXICAIN EN OR

San Isidro, huitième corrida. Deux toros de toute beauté, profonds et très armés, mirent à l’épreuve le très jeune matador Luis David (Adame). L’un, un jabonero bravissime, et l’autre un taureau noir avec énormément de genio. Et il les a surpassés. Face au premier, avec ce courage lucide qui permet de penser alors que la bravoure charge enflammée. Et avec le courage, épaulé par beaucoup de dextérité, qui lui a permis d’atteindre un temple au calibre millimétré. Non pas parce qu’il a toréé avec une lenteur étonnante lors de naturelles profondes presque à la fin de la faena, mais parce qu’il a ralenti, mesuré, corrigé les charges au début de la faena, quand celles-ci supprimaient les espaces et devenaient très collantes. Là, à ce moment précis, Luis David proclama qu’il est un torero au temple prodigieux. Par ailleurs, sa faena parfaitement structurée, initiée par d’angoissants statuaires, avec un toreo profond dans sa partie centrale, et conclue avec des bernadinas, avec de nouveau du toreo par le haut pour redonner du souffle au toro qui avait longtemps mis la tête, méritait les deux oreilles : il a lidié et toréé en même temps, il a su allier le plaisir et la maîtrise, l’art et le courage et une fraîcheur juvénile dans ses formes classiques. Si on ne lui a accordé qu’une seule oreille ce fut parce que le public a été plus réceptif au toreo accessoire qu’au fondamental et ne lui a pas demandé la seconde. S’il n’avait pas pinché le « cinqueño » sorti en dernier il aurait franchi la Grande Porte. Avec ce toro il a effrayé la peur et s’il n’a pas fini à l’infirmerie il le doit à sa dextérité et au bon vouloir de Dieu. Mexico a de nouveau un torero, on ne le surnomme comme du temps de Manolo Martinez, le Mexicain en or. Mais il l’est.

Un torero mature, qui vaut son pesant en argent, fut celui exhibé par Finito de Cordoba. Dans ses gracieuses et élégantes véroniques et à la muleta avec ce toreo naturel relâché, parfumé, celui des grands crus. Si autant d’essence n’a pas soulevé de clameur ce fut parce que ses toros n’étaient pas aptes pour l’art. On disait dans les arènes que son premier avait été un bon toro. Peut-être, mais dès qu’il arrivait au leurre il ne voulait plus passer, il s’annonçait comme brave mais il était plutôt couard. Son second toro fut pire.

Personnellement, j’en suis resté sur ma faim. Je voudrais toujours voir Finito.

Et que dire de Román qui nous avait plu avec le brave toro de Fuente Ymbro ? Qu’il n’a pas plus devant deux toros sans relief, avec plus de genio que de caste, comme le reste des Juanpedro, à l’exception du troisième, appelé « Ombú », jabonero, 536 kilos, un toro exemplaire.

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