FAENA INOUBLIABLE DE DANIEL LUQUE

De mémoire d’aficionado girondin, on ne se souvenait pas d’avoir assisté dans la cité de Monstesquieu à une faena aussi intense, aussi belle, aussi créative, d’avoir vécu un tel moment de communion. À La Brède, Luque a rêvé le toreo. Et pourtant, on s’y attendait pas au premier tiers. Ce toro de Fuente Ymbro, il l’avait caressé à la cape, mais plus pour le tester que pour se laisser porter.

À la muleta, la symbiose fut presque immédiate. Le toro fut conquis par la douceur extrême du torero sévillan, une invitation qu’on ne pouvait refuser où  chaque passe était savourée avec délectation, d’une beauté saisissante, de véritables chefs d’œuvres qui s’enchaînaient au ralenti, sans le moindre accroc. À un moment donné, on avait complètement oublié la mesure du temps, le torero complètement immergé dans sa création, ailleurs et pourtant si présent. Les olé furent intenses, vibrants, Luque poussa le toro jusqu’à ses derniers retranchements dans des luquesinas plus explosives et plus templées que jamais. Grand toro et énormissime torero.

Pour le reste, signalons que la corrida de Fuente Ymbro fut bien présentée, sans excès, un plaisir à voir pour l’aficionado. Sur les six toros, cinq offrirent du jeu avec des comportements variés. Un tour de piste fut concédé au troisième, qui combattit avec vigueur à la pique et chargea avec entrain à la muleta, mais le sixième, lui aussi, n’aurait pas démérité cet hommage. Le Vénézuélien Colombo se montra très entreprenant face à son premier, plein d’enthousiasme, sa fraîcheur conquis les gradins, surtout au troisième. Après Luque, en clôture, la différence de temple fut trop flagrante. Mais ce jeune torero a beaucoup d’atouts, entre autres, il excelle à l’épée, il est d’une efficacité redoutable. Concernant Tomas Campos, il est passé à côté, n’a pas su ou n’a pas pu s’adapter aux charges de Fuente Ymbro, probablement aussi avec la tête ailleurs, à son rendez-vous de confirmation d’alternative le lendemain à Las Ventas.

Quoi qu’il en soit, nous avons vécu un après-midi magnifique sous un soleil radieux. A la sortie, j’ai entendu souvent un mot dans la bouche des aficionados : du bonheur.

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