TAUREAUX IMMENSES ET BONS TOREROS

Madrid, 24 juin. Ils ne furent que six mais on en aurait dit douze. Ils avaient presque six ans. Leurs cornes étaient des répliques dupliquées de la Tour Eiffel. Ils ont affiché un poids moyen de 577 kilos. Des toros de la sorte même Frascuelo ne les affrontait pas. Mais ils étaient nobles et leur fond de bravoure s’imposa à leur poids, leur fixité était telle qu’ils répondirent aux appels avec une fidélité millimétrique.

Et des toreros comme Octavio Chacón, Javier Cortés et Tomás ne sont pas allés à Madrid pour s’y promener, ce fut une véritable corrida de toros à Las Ventas. Dommage que peu d’aficionados l’ont suivie. Dans la ville, à ces moments-là, les Madrilènes sont soit sur la route de retour à la maison ou attendent 21 heures pour sortir de chez eux. Dans les arènes il y avait des aficionados venus de villages, de rares impénitents, quelques uns du tendido 7 et des groupes de touristes. Constat : Madrid ne se remplit que pour la San Isidro ou pour voir les figuras. Pour expliquer ce phénomène, on en reparlera un autre jour.
Octavio Chacón est un bon torero. Très pédagogue avec les taureaux, il leur apprend à charger, il les enveloppe à l’aide de sa grande cape avec peu d’envol, mais quand il se réunit avec le toro ses passes restent pédagogiques qu’engagés. Les aficionados du tendido 7 savourent avec satisfaction son toreo, ils disent parfois « bieen » et les arènes applaudissent. Quand il les place pour le cheval, ils les met si loin qu’ils sont pratiquement en dehors de la suerte, mais le 7 applaudit, mais si le toro est brave, comme ceux de l’autre jour, il le place directement à sa place et il fait appel au picador. A la muleta, il en est de même. Très savantes les premières passes d’initiation, plus écartées celles du vrai toreo. Son premier, qui était asphyxié par son propre poids, lui permit de les faire un par un, et ce fut une bonne décision, mais son second, qui avait plus de répondant et avec beaucoup de fixité, lui exigea de laisser la muleta entre chaque passe, ce qu’il fit avec dextérité et écarté. Je me risquerai pas à le critiquer, car le taureau était un bœuf monstrueux. On lui demanda l’oreille et il fit un tour de piste.
Javier Cortés c’est autre chose. Il torée ces toros immenses comme si c’étaient de petits toros et face aux toros retors (il eut le pire lot de la course) ils les torée comme s’ils étaient braves et nobles. Et sa tauromachie a une esthétique privilégiée. Il parie sur chaque passe, la poitrine en avant, jouant de la ceinture dès la rencontre, la brisant en accompagnant la charge et il livre à son poignet le voyage du toro pour l’achever par le bas. Il le fit ainsi devant son mauvais premier toro, qui donnait des coups de tête à la défensive, et avec le moins mauvais, son second, d’une hargneuse et et intermittente bravoure. Après la mort de ce dernier, on lui demanda l’oreille et il fit un tour de piste.
Tomás Campos a de bonnes manières. Mais il a le sceau d’un bon torero mais pas d’une figura. Pourquoi ? Parce que le torero figura a deux qualités, il est artiste et guerrier à la fois, et le bon torero n’est qu’artiste. Campos a présenté ses jalons d’artiste, mais sans trop en faire, mais il ne voulut pas aller à la guerre, il lui manqua cette surdose d’engagement qui enflamme le public, il fut un peu trop suffisant. Il a laissé une bonne impression mais il n’a pas triomphé. Avec l’épée, déficient.
La corrida de Montalvo fut importante. Avec cinquante kilos en moins chacun, elle aurait été formidable. Félicitations à l’éleveur.

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