SARAGOSSE, FINAL INCANDESCENT

L’enchaînement d’événements majeurs, l’émotion débordante et la qualité des prestations proposées, ont fait que cette féria du Pilar restera dans les annales, accessoirement, elle fut un  succès populaire et commercial avec deux llenos de nos hay billetes, samedi et de dimanche, et plusieurs entrées de gala.

L’émotion : ce fut le départ de Padilla. Le Pirate eut la chance de tomber sur un excellent Nuñez del Cuvillo pour ce jour annoncé comme historique par les bateleurs mais qui le fut véritablement. Bien qu’il bandérilla médiocrement et se montra nettement en dessous de cet excellent exemplaire de Cuvillo, le jerezano sut mettre en scène tous ses arguments : toreo à genou, circulaires inversées, desplantes spectaculaires, l’inventaire du toreo baroque, tremendiste dont il est devenu l’icône ; populaire (ça n’est pas un gros mot !). Une entière et deux oreilles sans doute plus pour ce que représentait l’homme plus que pour le torero. Padilla le modeste, le ressuscité devenait ainsi une star consacrée, entrée au panthéon des gloires taurines ; qui pourrait lui contester ce statut ?

L’émotion, la stupeur aussi ce fut la retraite de Talavante annoncée par un tweet sibyllin au cours d’une course où il se montra au sommet de son art. Le temple mais surtout l’originalité, cette manière de ne jamais faire comme les autres, de sortir des sentiers battus marquèrent cette ultime  tarde de la feria. Il en fut sans aucun doute le vainqueur moral, tant ses travaux ont impacté l’assistance subjuguée par les manières d’Alejandro. Il semblait au sommet de son art et le voilà qui nous quitte… patatras…

Soyons juste : Manzanares eut aussi de très grands moments lors de cette après-midi. Un poil en dessous de Séville néanmoins, mais ses deux travaux, à la cape et comme la muleta furent marqués par cette classe, cette élégance magique et ce sens de la cadence qui ont ensorcelé la Misercordia. Deux faenas courtes, très classiques dans leur facture avec ce plus artistique du meilleur de l’alcantino. Sans doute eut-il pu glaner plus s’il avait connu son rendement habituel à l’épée.

La veille Juli déçut. Julian jouait gros pour ce seul contre six. La chose avait été mal préparée. Le toro d’Alcurrucen disparut le matin, celui de Nuñez del Cuvillo et Juan Pedro Domecq furent changés en piste. L’exemplaire de Los Maños mal rématé, lui posa de gros problèmes et l’on vit un Julian usé par les années, manquant de cet enthousiasme et de cette volonté de gagner qui ont fait sa réputation. Ce fut long, répétitif, sans âme et cela engage à réfélchir pour l’avenir : la capacité du Madrilène a mandar en tête de série comme il fit pendant 20 ans est-elle intacte. Ne s’est-il pas émoussé et n’est-ce pas le temps de passer le témoin. Le « boss » n’est plus tout à fait le « boss » après ce solo tant attendu.

Place aux jeunes diront les impertinents, pourtant, la veille, Enrique Ponce, 47 ans, donna devant une excellent course du Puerto de San Lorenzo une leçon de tauromachie qui laissa la coso de la calle Pignatelli bouche-bée. Un véritable magister face à un animal fuyard mais encasté sur le quel personne n’aurait misé un jeton. Le sorcier de Chiva lui fit une fanea complète, retournant tranquillement une situation complètement compromise : intelligence du combat, élégance et une aficion aussi qui lui fit terminer sa faena par ces fameuses poncinas qui exigent une condition physique irréprochable. La seconde oreille fut demandée avec insistance que l’extrême rigueur du palco de Saragosse lui refusa. Diego Urdiales déçut et Perera fit du Perera avec le meilleur des six, c’est-à-dire qu’il montra de l’autorité, une agaunte de fer mais sans doute lui manque-t-il une once de fragilité ou encore ce sens du charisme qui font les véritables stars des ruedos.

Ainsi nous pourrons dire nous étions : Padilla nous a quitté, Talavante s’est retiré, El Juli a plié face aux événements et Ponce a montré qu’il était, lui, éternel. Ce final de temporada incandescent va nourrir nos rêves et bien des tertulias durant le long hiver qui nous attend.

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