SAN ISIDRO CORRIDA 5 : UN GÉNIE DE L’ART

Madrid, 18 mai. Voila ce qu’est Pablo, un génie de l’art de toréer. Il arrête le temps, berce la charge, enivre le temple, émeut les esprits. Naturellement. C’est l’art sans le pourquoi, la tauromachie (technique du toreo) occulte, son expression éblouissante : cadence, commandement sans commander, émotion dans le tempo, ébriété lucide. Pablo Aguado, c’est le toreo rêvé.

Il est arrivé à une époque taurine altérée par le taureau à contre-style : haut, énorme, avec de longues cornes qui ne rentrent pas dans la muleta : un toro brave et noble qui désarticule ses charges ou les freine ou les réduit ou les pervertit car il ne peut pas déplacer autant de poids. Voila pourquoi un sobrero indécis d’Algarra l’a attrapé. Voila pourquoi sa faena au toro de Montalvo, sorti en sixième, fut aussi brève qu’intense. Il n’a pas coupé d’oreilles car il a mal tué. Mais les arènes de Madrid vibrèrent, ressentirent le toreo comme jamais.  Ses « olés », retentissants, bouleversés par la surprise, enivrés par le temple, arrosaient, embrassaient le toreo, sa magie blanche, son naturel inqualifiable, sa grâce, son art. Cela faisait longtemps qu’un torero ne sortait des arènes couvert par une ovation si passionnée pour un torero.

Ginés Marín coupa une oreille méritée. Et à Luis David on la lui refusa injustement, après avoir merveilleusement bien toréé avec des naturelles un toro brave, noble, aux charges pleines de classes, très longues et douces. Ce fut le toro de l’après-midi et peut-être de la feria. Félicitations à  l’éleveur de Montalvo. José-Ignacio Pérez-Tabernero. Si on avait enlevé cent kilos à ses toros, la corrida aurait été grandiose.

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