SENSATIONNEL DANIEL LUQUE

Il y eut des faits majeurs au cours de cette feria Toros y Salsa mais par dessus tous il restera restera cette faena somptueuse du torero de Gerena au cinquième toro d’Algarra.

S’il n’avait pas pinché, il aurait coupé très probablement la queue. Pour celui qui signe, cette faena a été encore plus puissante que celle de la queue à Bayonne. Il nous a émerveillés avec son toreo de cape, ses véroniques soyeuses, d’une lenteur et cadences enivrantes. Il préserva le toro à la pique et initia sa faena de muleta avec la même douceur qu’à la cape, sans forcer le toro, en l’invitant à le suivre,  dans des muletazos au parfum exquis qui captivèrent le toro.

La faena alla a mas, subjuguant à la fois le public et l’animal par son naturel, sa grâce jusqu’à ces luquesinas, les plus belles que je lui ai jamais vu faire. Sans courber le dos, droit, toutes au ralenti, magnifiques. Ensuite ce fut l’apothéose, avec une variante inattendue et invraisemblable des luquesinas, s’enroulant le toro sans discontinuité pour le faire tourner autour de lui, avec des changements de mains inclus. Deux, trois fois, hallucinant ! Le public n’en revenait pas. Et il le refit une nouvelle fois après avoir pris l’épée. Les arènes étaient debout. Ce torero est dans un moment extraordinaire, sans doute le meilleur de sa carrière, et il lui manque rien pour accéder au sommet. Devant son premier, qui s’éteignit vite, on put cependant se délecter avec son toreo de cape, l’un des plus beaux que l’on puisse voir aujourd’hui.

Ce jour-là il y eut faena de poids de Perera, de figura qui ne lâche rien, avec une fermeté et un pouvoir saisissants. Même quand le toro estompa ses charges, Perera lui fit sortir tout ce qu’il avait en lui. Faena en crescendo avec à la fin un clin d’oeil à Luque avec des luquesinas (pas aussi belles que celles du torero de Gerena). Sur son autre toro, d’une totale fadeur, Perera ne put rien faire et eut beaucoup de mal avec l’épée.

Pablo Aguado n’a pas réellement convaincu le public et pourtant il eut face à lui en dernier le meilleur toro de la corrida. On lui a vu faire de belles véroniques, au beau tracé, mais bien moins enivrantes que celles de Luque, et à la muleta il a été correct mais a manqué de profondeur, de se laisser aller. Sur son premier, comme ses compagnons de cartel, il n’a pas pu endiguer la fadeur de son toro.

Un autre événement important aura été le solo d’Emilio de Justo avec les Victorinos. Des toros bien présentés, âpres dans l’ensemble, qui ont très rarement permis au matador de se relâcher. Uniquement le troisième, sur une série de naturelles de la main droite en fin de faena. Le torero n’a jamais défailli, il a fait face à tous les aléas avec sincérité et engagement, mais au final il ne restera pas probablement de grands souvenirs. Pas de passes, de séries au olé déchiré, une émotion intense mais sans que l’on craque réellement. Il ne fait aucun doute que c’était une sacré épreuve et qu’il s’en est bien tiré. Les quatre oreilles coupées ne reflètent pas ce qu’il s’est passé dans l’arène, il y manqué de la variété, évidemment compliquée devant ce genre de bétail et au moins une faena qui ait réellement conquis le public. On a envie de voir de Justo toréer « a gusto », il a fait ses preuves devant les dures, puissions-nous de son toreo devant d’autres toros !

Il y eut aussi une novillada de José Cruz, forte de présentation et au comportement inégal. Il y eut un très bon novillo, honoré d’un tour de piste, qui échut à Jean Baptiste Molas, que l’on vit hésitant, manquant d’expérience. Il a des détails, un bon « corte », mais souvent trop précieux, se regardant trop toréer. Il lui faut davantage de rodage.
Le public a été par contre convaincu par la prestation de Diego San Román. Pour lui pas de problèmes de rodage, il est « puesto », connait la chanson. Sa variété à la cape est un argument supplémentaire de poids et à la muleta il a tout d’un matador.
On aurait voulu voir davantage Alejandro Mora qui a une belle gestuelle mais il ne put briller devant un lot compliqué. Mais l’envie est là de le revoir.

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